Le contrat de génération : une passerelle de transmission et de maintien des compétences dans l'entreprise
Parce que la recherche d’un premier emploi en CDI pour un jeune à la sortie de ses études est un parcours du combattant, François Hollande, porté par un désir et une volonté sincère, met en avant une idée courageuse afin de faciliter l’embauche des jeunes de moins de 25 ans.
A l’heure où l’économie réelle s’efface à la faveur de l’économique financière dans un monde où la financiarisation déchire petit à petit le tissu industriel, remettre au centre des politiques publiques les problèmes concrets rencontrés par la jeunesse doit être une priorité absolue pour le prochain quinquennat.
En France, 1 jeune sur 4 est au chômage tandis que le nombre de personnes âgées de plus de 50 ans à la recherche d’un emploi a progressé de plus de 15% en un an. Elles sont 500.000 aujourd’hui.
Comment expliquer ce constat ? Les entreprises françaises ne laissent bien souvent pas leur chance aux débutants et privilégient le recrutement de personnes ayant déjà une première expérience professionnelle. La plupart des jeunes en ont déjà fait l’amère l’expérience. L’on entre alors dans un cercle vicieux : le jeune, tout juste diplômé et ayant déjà enchaîné des stages sous-payés, se voit reprocher son manque d’expérience. Mais comment donc se faire une première expérience si les entreprises refusent la première embauche ?
Afin d’enrayer ce fléau, le contrat de génération consiste à aider financièrement les entreprises qui embauchent des jeunes tout en maintenant l’emploi des seniors dans l’établissement.
Concrètement, le dispositif proposé par François Hollande réside essentiellement dans la conclusion d’un contrat passé entre l’employeur et deux de ses salariés : un jeune de moins de 25 ans tout juste embauché et un senior de plus de 55 ans. Par ce contrat, l’employeur s’engagerait à former le jeune salarié en recourant à l’expérience du salarié senior, ce dernier consacrant un quart de son temps de travail à transmettre son savoir et ses compétences. La durée de ce contrat serait de 5 ans.
En contrepartie, l’entreprise ayant souscrit ce type de contrat avec le jeune et le senior bénéficierait d’exonérations complètes de charges sociales durant toute la durée du contrat de génération sur les salaires de ces deux travailleurs.
Ce nouveau type de contrat serait réservé exclusivement aux jeunes titulaires d’un diplôme dont le niveau restera à négocier par les partenaires sociaux. A l’heure où l’on assiste à un déclassement progressif et continu des diplômes, ce nouveau type de contrat est une solution courageuse qui permettrait de revaloriser l’image des diplômes et de la réussite scolaire chez les jeunes. Il apparaît en effet complètement surréaliste que de nombreux jeunes ayant brillamment décroché un diplôme tout en exerçant, le plus souvent, un job pour financer ses études, restent sur le pas de la porte du marché du travail… On ne peut que souligner l’effet de ces réalités sur la conception que les jeunes - notamment en banlieue - peuvent se faire de la valeur des diplômes en France…
Le contrat de génération vise donc un double objectif : incitation à l’embauche des jeunes arrivant sur le marché du travail et maintien de l’emploi des seniors dans l’entreprise.
Quels volets de critiques n’ont-elles pas été émises depuis que François Hollande a proposé ce contrat d’un genre nouveau…
On peut résumer ces critiques ainsi : dispositif trop coûteux ou déjà mis en œuvre sans succès par le passé…
Ce dispositif serait trop coûteux (8 à 10 milliards d’euros) et reviendrait à créer une nouvelle niche fiscale. La réponse a été apportée par François Hollande lui-même. La simple suppression des exonérations dont bénéficient les heures supplémentaires à l’heure actuelle et la réorientation des exonérations de cotisations sociales en direction des Petites et Moyennes Entreprises de moins de 50 salariés suffiraient à elles seules à financer la totalité du dispositif du contrat de génération.
Autre critique, le contrat de génération a déjà été par le gouvernement d’Edith CRESSON. Ce dispositif, dénommé exo-jeune, correspondait en réalité à une mesure de baisse du coût du travail ciblée sur les jeunes. Cet ancien dispositif ne liait en aucune manière le sort des seniors et des jeunes dans l’entreprise.
Pour Georges Clémenceau, « il faut savoir ce que l’on veut. Quand on le sait, il faut avoir le courage de le dire. Quand on le dit, il faut avoir le courage de le faire ». François Hollande nous a déjà prouvé qu’il sait ce qu’il veut et qu’il a le courage de le dire. Nul doute qu’il aura, s’il est le prochain Président de la République Française, le courage de le faire.