Sénat : les grandes manœuvres ont commencé
L’actuel président UMP du Sénat devrait perdre son titre samedi au profit du socialiste Jean-Pierre Bel. A moins que…
La chose peut paraître surprenante : au lendemain de la victoire de la gauche aux élections sénatoriales, l’UMP Gérard Larcher, président sortant de la Haute Assemblée, sera quand même candidat à sa propre succession. L’élection du nouveau président du Sénat aura lieu samedi prochain. Si le socialiste Jean-Pierre Bel, jusque-là patron du groupe PS au Sénat, apparaît comme le favori pour prendre la place de Larcher, le fonctionnement si particulier du Palais du Luxembourg ne lui autorise pourtant aucune certitude. Mardi, tous les groupes politiques vont se réunir pour définir leur stratégie et leur positionnement. Mais toute la semaine, des tractations individuelles discrètes vont se mettre en place. Dans une assemblée où la gauche ne possède que deux petites voix de plus que la majorité absolue (177 sièges sur 348), chaque ralliement de sénateur comptera.
Pour espérer faire douter Jean-Pierre Bel, Gérard Larcher va s’appuyer, en premier lieu, sur toutes les voix des 144 sénateurs UMP et divers droite. Il devrait aussi pouvoir compter sur les centristes, au nombre de 26, dont les votes se reportent traditionnellement sur la droite. Lundi, leur président de groupe, François Zocchetto, refusait de dire si l’Union centriste présenterait un candidat face à Gérard Larcher. Tout juste concède-t-il n’avoir « pas vraiment de relations » avec les sénateurs socialistes. « Zocchetto est un pur démocrate-chrétien, je le vois mal voter à gauche », assure un bon connaisseur du Sénat. Les centristes pourraient néanmoins présenter un candidat samedi, en la personne de l’ancien ministre Jean Arthuis. S’ils étaient battus au premier tour de l’élection, ils se reporteraient sur Larcher. Question de prudence : « Si les centristes déclarent la guerre à l’UMP, ils pourraient le payer très cher aux prochaines législatives », prédit un proche de Jean-Claude Gaudin. Les derniers soutiens de Gérard Larcher se situent du côté des radicaux… de gauche, avec qui il entretient de bonnes relations. Des liens notamment tissés via la franc-maçonnerie. « Il y a autant de “franc-mac” à gauche qu’à droite, tempère un sénateur UMP. Je ne pense pas que cela puisse jouer. »
A vrai dire, du côté de la majorité présidentielle, personne ne croit sérieusement à une victoire de Gérard Larcher samedi prochain. C’est ce que Jean-Pierre Raffarin lui-même a expliqué lundi midi lors d’un déjeuner partagé avec les sénateurs de son club, République et territoires, selon un témoin. L’ancien Premier ministre votera pour son ancien ennemi Larcher (les deux hommes s’étaient disputé la présidence du Sénat en 2008), mais il sait que l’écart entre la gauche et la droite est trop important pour espérer l’emporter.
Du côté des vainqueurs, on se pose moins de questions. L’ancienne ministre socialiste Catherine Tasca a annoncé lundi postuler elle aussi pour la présidence du Sénat, face à Jean-Pierre Bel. Mais sa candidature risque fort d’être retoquée lors de la réunion du groupe PS aujourd’hui. Bel a en effet été adoubé par les éléphants socialistes dès dimanche, à commencer par François Hollande. Et lundi Martine Aubry a explicitement recadré Tasca en expliquant que « ce sera(it) un très beau geste que tout le monde vote pour » Jean-Pierre Bel.
La "règle d’or" enterrée
François Hollande n’a pas mâché ses mots, dimanche soir : « Par rapport à la pseudo-règle d’or, je pense qu’aujourd’hui Nicolas Sarkozy sait que c’est fini. » Fraîchement élu dans l’Essonne, l’écologiste Jean-Vincent Placé a surenchéri : « Il y a une victime ce soir, c’est la règle d’or. » Même la majorité reconnaît à mi-voix que la convocation du Congrès pour voter l’inscription de la règle d’or de discipline budgétaire est plus que mal engagée. « C’est arithmétique », glisse un cadre de l’UMP. « Ce n’est même plus la peine d’y penser », ajoute un autre. Pour Jérôme Chartier, la balle est dans le camp du PS. « Les socialistes ont une chance de faire preuve de responsabilité, en dépassant leur posture partisane », lance le porte-parole UMP sur le budget de l’Etat. Selon un ministre, le chef de l’Etat a chargé François Fillon d’annoncer après les sénatoriales la tenue ou non du Congrès. Mais le sujet pourrait aussi mourir de lui-même, discrètement. Au ministère du Budget, on rappelle en tout cas que les pays européens ont jusqu’à l’été 2012 – c’est-à-dire après la présidentielle – pour voter la règle d’or. « C’était l’accord entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. »