Primaire socialiste. Ce qu'ils ont dit lors du premier débat

Publié le par Socialistes fonsorbais

Confronter ses idées sans s'affronter : c'était l'un des grands enjeux du rendez-vous de ce jeudi soir pour les six candidats à la primaire socialiste.  Sur ce plan-là au moins, le pari a été plutôt réussi : les candidats ont exprimé leurs singularités, voire leurs divergences, notamment sur les thèmes de la réduction de la dette ou de la sortie du nucléaire, sans pour autant s'égratigner, ou presque. François Hollande, Martine Aubry, Ségolène Royal, Arnaud Montebourg, Manuel Valls et Jean-Michel Baylet participaient sur France 2 au premier débat organisé dans le cadre de la course à la désignation du candidat PS à la présidentielle 2012.

 

  

Dans un décor bleuté et très sobre, les six candidats sont apparus debout, tendus, accrochés à leur pupitre. Chacun a ensuite pris la parole pendant une minute pour se présenter. Les déclarations sont restées très solennelles. Seule Ségolène Royal a lu son texte. Jean-Michel Baylet a tenu à préciser qu'il n'était pas socialiste. Lors des entretiens avec les trois journalistes, chacun a pu pendant dix minutes répondre aux questions avant de développer une carte blanche. François Hollande est apparu le plus tendu, sur la défensive et parfois agressif.

Le débat
A propos du profil du candidat idéal
Ségolène Royal : "J'ai démontré que l'on pouvait faire la révolution écologique en créant des emplois".

Martine Aubry : "Quelqu'un qui incarne le mieux les valeurs de la France en apportant les réponses d'aujourd'hui".

François Hollande : à propos de l'expérience : "J'ai une expérience politique, et une expérience d'Etat : Lionel Jospin m'a associé pendant 5 ans aux décisions les plus graves quand il était Premier ministre."

Manuel Valls : "J'ai envie que l'on soit de nouveau fier de la France. L'élection ne se fera pas seulement sur la sortie de crise, mais aussi sur la façon dont on se sent Français".

Arnaud Montebourg : "Ceux qui réinventent la gauche" : "On gagnera face à Nicolas Sarkozy en ayant compris que le monde a changé et qu'il faut des solutions nouvelles".

 

Sur les alliances
Jean Michel Baylet : "il faut unir la gauche d'abord, mais au second tour, tous ceux qui voudront le changement seront les bienvenus, sauf l'extrême droite."

 

Sur la réduction des déficits et la règle d'or
Manuel Valls : "il faut aller vers l'équilibre, l'effort doit être fait mais c'est vrai qu'il faut aussi mener des politiques qui soutiennent la compétitivité." 

Martine Aubry : "Etre en-dessous des 3% en 2013, et ensuite, nous savons que nous ne pouvons avoir comme seul objectif de réduire les déficits. Mais la croissance, ce n'est pas dépenser à tort à travers, c'est accroître la compétitivité."

Arnaud Montebourg : "Le traité de Maastricht est obsolète, je ne l'ai pas voté, et je ne le regrette pas. Il faut reconstruire sur des règles nouvelles. Pas question d'être un administrateur d'un cadre passé."

François Hollande : "Maastricht, il n'en reste plus grand'chose. Tout ça est derrière nous. La seule question pour l'avenir, pour la jeunesse, c'est de savoir si on peut accepter que la dette publique devienne notre fardeau."

Ségolène Royal : "Les banques continuent de chercher des croissances à deux chiffres, elles n'en auront jamais assez. La réforme du système bancaire est le préalable." Par exemple, "avec moi, les crédits revolving seront interdits."

 

La retraite à 60 ans
Jean Michel Baylet : "on ne pourra pas venir brutalement à la retraite à 60 ans, mais je propose, en plus de la retraite par répartition, la retraite aux points".

Martine Aubry : "Pour la retraite à 60 ans pour ceux qui ont commencé tôt à travailler et auront leurs années de cotisation."

Le nucléaire
Martine Aubry : elle se déclare pour la sortie du nucléaire, contrairement à François Hollande, qui est pour une réduction.

Jean-Michel Baylet : "On n'en sortira pas en 15 ou en 50 ans, laissons la science progresser, le nucléaire dans 50 ans ne sera pas celui d'aujourd'hui, mais il faut rééquilibrer, avec la croissance durable, ne pas mettre tous nos oeufs dans le même panier."

Ségolène Royal : "Nous avons à préparer non seulement l'après-pétrole mais aussi l'après-nucléaire, à cause de la dangerosité et de l'indépendance énergétique de la France. Je suis pour une sortie du nucléaire, qui peut s'imaginer en 40 ans, pas moins. A condition d'investir dans le même temps massivement dans les nouvelles énergies, de faire la révolution écologique".

Martine Aubry : pas d'engagement de date pour la sortie du nucléaire, mais "il faut augmenter la part des énergies renouvelables ; je veux voir naître la génération de l'après-nucléaire."

Sur la dépénalisation du cannabis
Jean-Michel Baylet : "Il faut aller jusqu'à la légalisation pour mettre fin aux trafics" et assurer la sécurité sanitaire.

Arnaud Montebourg : "Je suis contre autoriser la consommation d'une substance dangereuse pour la jeunesse, je ne veux pas être dans un pays où il est autorisé de consommer des drogues même douces."

Manuel Valls : "il faut combattre ces mafias, mais l'idée qu'on puisse autoriser une dépendance, j'y suis fermement opposé".

 

La conclusion
François Hollande : "Il faut réussir la primaire, il faut que les Français viennent voter, parce qu'ils vont désigner le prochain président de la République. Si je ne suis pas choisi, je serai derrière celui ou celle qui aura été désigné."

Ségolène Royal : "Beaucoup de Français souffrent, je ne veux pas que les Français soient indignés, désenchantés. Des solutions efficaces sont possibles. Je veux qu'en 2012 la vie quotidienne change tout de suite : faire de la France un pays d'entrepreneurs, une puissance écologique, faire des banlieues une chance, garantir aux Français la sécurité avec l'encadrement militaire éducatif des délinquants... Ce sera difficile, mais nous le ferons ensemble."

Jean-Michel Baylet : "Au-delà de quelques rares divergences, nous avons démontré que nous sommes capables de discuter dans la sérénité, et c'est un bon présage pour le futur. Il faut rendre l'espoir aux Français, et seule la gauche peut être à ce rendez-vous".

Arnaud Montebourg : "La politique est au service des gens, pas des puissances financières. Ma candidature est celle des solutions nouvelles. Nous pourrons ensemble donner un coup d'épaule à l'histoire".

Manuel Valls : "Le 9 octobre, nous vous offrons la possibilité de choisir parmi nos propositions. Ensuite, nous nous retrouverons tous autour de celle ou celui qui sera désigné, parce que nous souhaitons tous tourner cette page malheureuse du sarkozisme." En conclusion, il se réclame d'une "Gauche moderne, populaire, inventive".

Martine Aubry : "En cette période de crise, il faudra et de la clarté, et du courage. Je veux rendre la fierté à tous ceux qui ont été humiliés par le libéralisme, et amener un vrai sursaut. Il faut rassembler la gauche, les démocrates, les humanistes, mais aussi rasssembler les Français. J'y suis prête".

 

Dix minutes pour s'exprimer : les candidats interrogés sur la crise
Arnaud Montebourg
Mettre les banques sous tutelle ? Pas de nationalisations, "mais l'Etat et les usagers du crédits entreront d'autorité dans les banques." Autre mesure : "Nous allons interdire la spéculation avec l'argent d'autrui."

Un protectionnisme nouvelle vague ? "Il s'agit de protéger notre industrie et nos emplois. Les seuls naïfs du commerce mondial ce sont les Européens, et notamment la France. "

La dette ? "Je suis contre les plans d'austérité. Cette dette sera financée par une taxation sur les transactions financières sur la zone euro. Cette crise est la conséquence de l'incompétence de nos dirigeants."

"Nous pouvons encore sauver l'euro mais il faut prendre des mesures draconiennes. Et organiser le remboursement des dettes publiques par le système financier."

Thème choisi : le pouvoir d'achat
"C'est la promesse centrale du président de la République et son échec majeur.
Je fais trois propositions : que les entreprises qui distribuent les dividendes acceptent une loi du partage : 100 euros de dividendes distribués aux actionnaires, ce seront 100 euros distribués aux salariés; rétablir l'allocation familiale au premier enfant et aider les femmes seules avec de petits revenus; un blocage généralisé des loyers."

Jean-Michel Baylet
Votre désaccord avec le projet socialiste ? "Il ne prend pas en compte la situation d'aujourd'hui, catastrophique. On ne peut pas porter des propositions qui amèneraient des dépenses supplémentaires."

Comment financer votre programme ? "Par une réforme fiscale. Nous mettons fin à la plupart des niches fiscales et rendrons l'impôt plus équitable. Ce ne sont pas les plus riches qui paient le plus aujourd'hui : Total est taxé à 14%, nos PME à 30%. Nous créons un impôt unique sur les sociétés. Il faut modifier le système de l'impôt pour les sociétés, mais aussi pour les particuliers."

Grèce : "La seule réponse sérieuse est une réponse politique en allant vers l'Europe fédérale."

Thème choisi : la légalisation du cannabis
"Pas la dépénalisation, mais la légalisation : le cannabis serait vendu en pharmacie, pour la santé publique, et pour mettre fin aux trafics de dealers."

Par ailleurs, il souhaite faire évoluer "le droit à mourir dans la dignité. L'euthanasie clandestine est pratiquée trop souvent."

Ségolène Royal
En quoi avez vous changé ? "En densité, en détermination. J'ai travaillé dur. J'ai appliqué dans ma région ce que je proposais en 2007."
La crise ? "Il faut résoudre le problème du déficit et de la dette. D'abord en relançant l'activité économique. Ma priorité : la réforme des banques." Parmi les projets : une banque d'investissement pour les PME.

Pour renflouer la dette : Pas de hausse d'impôt pour les bas et moyens revenus. "Mais nous ferons une réforme fiscale : un impôt plus simple, plus juste, plus équitable entre le capital et le travail, entre le CAC 40 et les PME... " Ségolène Royal prévoit une nouvelle tranche d'impôt sur les revenus et veut lutter contre la fraude fiscale.

Une ambition : "Faire de la France la première puissance écologique d'Europe."

"Je veux mettre fin à l'hyperconcentration du pouvoir par le président de la République, je ferai la République du respect, chaque institution à sa place, une justice indépendante, pas de cumul des mandats, une démocratie participative vivante... Je serai la garante de la morale publique."


François Hollande
Création de postes dans l'Education : "La jeunesse, c'est l'enjeu". En projet : "12.000 créations de postes par an dans l'Education nationale sur cinq ans, soit 60,000 sur le quinquennat". 
Ces postes seront créés "quoi qu'il arrive".
Pour le reste des propositions, comment payer ? "Nous ferons ce que les disponibilités de la croissance nous autoriseront. Donc il faut soutenir la croissance. Mon premier acte sera la réforme fiscale. On fusionnera l'impôt sur le revenu et la CSG en prenant tous les revenus, du travail et du capital". Autre axe : "Je ferai aussi un soutien à l'innovation, aux PME."

Parmi ses propositions : "Le contrat de génération : c'est de permettre que l'employeur qui va garder un senior et embaucher un jeune avec un CDI, ne paie plus de cotisations sur les deux emplois."

"Tout ce que j'annonce sera financé par des économies équivalentes."

Thème choisi : le nucléaire
"Il faut assurer à nos concitoyens une sécurité absolue de nos centrales. On ne peut pas être le seul pays au monde à avoir ce niveau de production d'électricité par le nucléaire. Il faut qu'on passe de 75% de part du nucléaire à 50% en 2025."


Manuel Valls
"L'effort qu'il faudra faire à condition qu'il soit compris et juste est aussi important que celui que la France a dû faire après la Seconde Guerre mondiale. Si nous continuons ainsi, la France peut voir sa note dégradée. Il faut un effort de redressement pour soutenir la croissance."

Comment financer vos priorités ? "Il faut atteindre les fameux 3%."
Comment ? "Les nouvelles marges dégagées, avec par exemple les niches fiscales, ce sera à 100% pour la réduction du déficit."

En ce qui concerne l'Education nationale, "il faut une réforme des rythmes scolaires et une réforme pédagogique en profondeur. On peut réformer l'école sans mettre des moyens supplémentaires."

Autre priorité : "le soutien à la compétitivité, aux PME qui sont l'énergie de notre économie."

Thème choisi : intégration, sécurité, immigration
Pour des quotas sur l'immigration de travail : "je suis pour l'intégration et pour la réussir, il faut organiser l'immigration du travail, par métiers. Il faut de la clarté sur le système d'attribution des cartes de séjour."

Martine Aubry
Premier constat face à la crise : "Il faut séparer séparer les banques de dépôt et les activités spéculatives". 

Quant aux projets, ils seront financés par la suppression des niches fiscales qui n'apportent pas de bénéfices, "ce qui représente 50 milliards d'euros". " La moitié ira à la réduction des déficits et l'autre moitié à nos projets", notamment en aidant les PME et l'emploi des jeunes.

Parmi eux : 300,000 emplois d'avenir, dont "100,000 emplois jeunes créés par la suppression de la loi sur les heures supplémentaires". La moitié de ces emplois sera affectée au domaine de la mutation vers la "croissance verte".

Ses priorités : l'emploi, l'éducation, la sécurité et le pouvoir d'achat.

Sur ce thème du pouvoir d'achat, "il faut réduire les dépenses des ménages, par exemple en bloquant les loyers". 

 

 

Après s'être brièvement présentés, les six candidats sont interrogés à tour de rôle sur leur programme, pendant dix minutes. Ensuite, place au débat, arbitré par les trois journalistes, avant une courte conclusion pour chacun. L'ordre de parole ainsi que le placement des candidats sur le plateau a été tiré au sort. Quant au public, il est constitué de spectateurs anonymes. L'émission est animée par David Pujadas, avec Fabien Namias, responsable du service politique de France 2 et Françoise Fressoz, éditorialiste au Monde.

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