Lu dans la presse le 17 novembre
«Nicolas détricote ce que fait Sarkozy» (Marianne2.fr du 17 novembre, par Laurent Pinsolle) :
« C’est un des aspects les plus incroyables de cette présidence. Petit à petit, Nicolas Sarkozy détricote de plus en plus de choses qu’il a pu faire au démarrage de sa présidence. (…) Fin 2011, début 2012, quand les médias feront le bilan du quinquennat, cela risque d’être cruel pour ce président qui aura été trop bavard. D’innombrables déclarations contradictoires pourront être mises bout-à-bout… L’une des premières mesures du gouvernement avait été le controversé « paquet fiscal » qui mettait en place la défiscalisation des heures supplémentaires, des réductions d’impôt pour les achats immobiliers, un abaissement du bouclier fiscal ou la réduction des droits de succession. Deux de ces quatre mesures (défiscalisation des heures supplémentaires, déductibilité des intérêts d’emprunt immobilier) ont déjà été remises en question du fait d’études montrant leur inutilité. Et il semble que le bouclier fiscal doive subir le même sort dans les prochains mois. Bref, la bataille a été perdus et Sarkozy doit revenir sur sa loi TEPA, cas assez unique d’un président qui défait trois ans après une des lois emblématiques adoptées à son arrivée au pouvoir.
Mais ce n’est pas tout. Alors qu’il n’en avait jamais parlé pendant la campagne électorale, Nicolas Sarkozy a fait du débauchage de seconds couteaux de la gauche en manque de reconnaissance (autrement appelé « ouverture ») un des aspects marquants de son mandat. Il était alors intarissable sur cette pratique. En deux remaniements (éliminant Martin Hirsch et Jean-Pierre Jouyet puis, dimanche, Bernard Kouchner, Fadela Amara et Jean-Marie Bockel), il a mis fin à l’expérience. Le remaniement marque également la fin du ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale et le rétrécissement du ministère de l’Environnement. (…) Corriger ses erreurs est une attitude positive. Mais comme il n’a pas fait tellement de choses depuis son accession à la présidence, cela vide un bilan déjà bien maigre…
Encore un mensonge: il n’existait pas de bouclier fiscal en Allemagne (Libération.fr du 17 novembre):
« La communication politique pousse parfois à dire tout et son contraire. Et la majorité vient d’en donner une savoureuse illustration. Depuis quelques jours, la droite prépare le terrain pour une éventuelle suppression du boucler fiscal, qui n’a eu de cesse d’être contesté depuis sa mise en place. Pour ne pas faire passer ce torpillage comme une reddition face aux critiques, les cadors de l’UMP invoquent en chœur un argument: le bouclier pourrait être sacrifié dans le cadre de la nécessaire harmonisation fiscale avec l’Allemagne. (…)
La cocasserie de cet argumentaire n’échappera pas aux observateurs. Car ces deux dernières années, la droite a défendu mordicus la bouclier fiscal avec comme argument massue (qui était parfaitement faux) qu’il existait un bouclier fiscal… en Allemagne. Et qu’il était donc impensable qu’il n’y en ait pas en France. Le 5 mai 2009, Sarkozy clamait : « On ne peut pas vouloir faire l’Europe et refuser le bouclier fiscal que l’Allemagne a inscrit dans sa Constitution ». Un bobard répété des dizaines de fois par le président de la République. En dépit de nombreux articles démontrant que l’affirmation était fantaisiste, elle fut reprise en boucle par les responsables de l’UMP, Copé en tête. (…) Six mois plus tard, pour les besoins de la communication du moment, Copé et les autres cadors de la majorité ont donc changé leur fusil d’épaule: finalement, il n’y a pas de bouclier fiscal en Allemagne… ce qui rend urgent de réfléchir à la suppression du dispositif en France. Comme dit Nicolas Sarkozy: Ce qui est important, c’est de dire la vérité aux Français ».
Nicolas Sarkozy ou l’oubli de la réalité (Le Monde.fr du 17 novembre, par Olivier Biffaud): « L’exercice, il est vrai, n’était pas facile. C’était même, pour parler bref, la quadrature du cercle. Alors même que « l’anti-sarkozysme » s’est ancré, au sens propre du terme, dans la société française, Nicolas Sarkozy, mardi 16 novembre au soir, sur trois chaînes de télévision, devait relever plusieurs défis en même temps pour reprendre en main un destin politique qui semble lui échapper.
Au plus bas dans les sondages, il se devait d’apparaître crédible pour remonter la pente.. Donné battu pour la prochaine élection présidentielle, dans certaines enquêtes, le président de la République devait montrer qu’il ne se laisse pas abattre. Ne figurant plus toujours comme le meilleur candidat de la droite pour 2012, il se devait de montrer qu’il est incontestable. Auteur d’un remaniement gouvernemental qui a, tout à la fois, mis un terme à l’ouverture, mis sur la touche les centristes et mis le paquet sur la mouvance néogaulliste de l’UMP, le chef de l’Etat devait démontrer que les commentateurs se trompent et que, de toute façon, ces « fausses » constatations n’intéressent pas les Français.
Force est de constater que sur tous ces aspects, la prestation de Nicolas Sarkozy n’a pas été foudroyante. (…) Il voulait jouer un personnage qu’il n’est pas sans doute pour faire croire que le «nouveau Sarkozy» est arrivé. Mais c’est comme le beaujolais, ça revient tous les ans ! On a donc mis l’hyper-activité de côté pour se montrer patelin. En forçant parfois le trait, ce qui ne faisait rien gagner à la prestation. On a aligné des chiffres et des taux, au risque d’être approximatif, voire quelquefois inexact. Certaines démonstrations, comme la délocalisation des fortunes en Allemagne, avaient un petit côté surréaliste qui donnait une note exotique à l’ensemble. Mais au-delà de la forme qui constitue rarement le corps d’une politique, c’est le fond qui, au final, retient l’attention. Sur ce point, l’entretien télévisé donne une étrange impression. D’abord, il y a le déni. Alors qu’il a lui-même donné un coup de turbo à la politique sécuritaire, cet été, en stigmatisant une fraction de la population, les Roms, il assure la main sur le cœur qu’on lui prête des mots et intentions qu’il n’a jamais eus. Sur ce sujet, comme sur d’autres, Nicolas Sarkozy n’a pas de mémoire, ou il feint de ne pas en avoir. Ensuite, il y a le fossé entre la parole et les actes. L’exemple le plus flagrant est sans doute l’écologie. (…) Le même constat pourrait être dressé pour la politique de la ville, hissée au rang de ministère dans la nouvelle équipe, pour faire passer la pilule.
Enfin, il y a la défense de cet «intérêt général» qui tourne en boucle dans la réthorique présidentielle comme pour mieux masquer la réaffirmation d’une politique de défense d’intérêts particuliers. Les jeunes et les chômeurs, absents du discours élyséen, ne faisaient pas partie mardi soir de la défense de l’intérêt national. En revanche, les bénéficiaires du bouclier fiscal et les contribuables redevables de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) y étaient de plain-pied. Il est périlleux, après cela, d’avancer qu’on s’affranchit des idéologies».