Au travail! Convention Egalités réelles du Parti Socialiste

Publié le par Socialistes fonsorbais

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« Il ne peut y avoir ni vraie liberté,

ni justice dans une société si l’égalité n’est pas réelle »

Condorcet

 

 

Dans la devise de la République, égalité et liberté marchent de pair. Elles sont indissociables. L’égalité est la possibilité pour chaque individu de pouvoir librement, hors de tout mécanisme d’oppression, choisir sa vie. Une part importante de la crise de confiance qui caractérise les relations de la gauche avec les Français depuis plusieurs années tient en la promesse d’égalité républicaine non tenue. Mais en pratique, la chose n’est pas si simple. Déclassement, discriminations, reproduction sociale alimentent le désenchantement démocratique.

Le déclassement concerne des millions de français. Davantage qu’un sentiment de vulnérabilité aux accidents de la vie, c’est aujourd’hui une réalité sociale de masse. Cette réalité est la conséquence d’une résignation politique passive ou active au recul des droits sociaux, à la modération salariale et à la marchandisation des services publics. Etre déclassé, c’est perdre simultanément la reconnaissance des autres et l’estime de soi parce que l’on vit moins bien que ses parents, qu’on occupe un emploi en-deçà de ses qualifications ou moins payé que le précédent, ou qu’on est relégué dans une existence « low cost ».

 

 

Parallèlement, les discriminations frappent des pans entiers de la population française et tiennent à l’écart de la promotion sociale des milliers de citoyens et de citoyennes en raison de leur couleur, leur origine, leur sexe, leur handicap ou leur orientation sexuelle. C’est dans ce fossé, qui sépare les droits théoriques des droits effectifs, que se détériore la confiance dans le pacte républicain et dans sa promesse d’égalité fondamentale des citoyens et des citoyennes entre eux.

 

 

 

Enfin, les Français constatent la très forte reproduction, à l’identique, des catégories sociales. Les élites se reproduisent entre elles, et c’est toute la hiérarchie sociale qui apparaît immuable, les privilèges comme les handicaps se transmettant à l’intérieur des familles et des  groupes sociaux d’une génération à une autre.

 

Dans ces inégalités, les frustrations qu’elles entraînent, la mise en concurrence des individus qu’elles provoquent, la violence qu’elles engendrent, se délite le sens du bien commun et de l’intérêt collectif. Depuis plusieurs années, la France régresse dangereusement. Le combat pur l’émancipation des individus, qui passe notamment par la réduction des inégalités matrice l’histoire du projet socialiste au cours du siècle dernier. Un combat qui plonge ses racines dans la tradition de l’humanisme et de la philosophie des Lumières, et vise à accomplir les promesses de la Déclaration des Droits de l’Homme : une égalité de droits qui se réalise dans l’égalité réelle, effective, émancipatrice.  Ce combat social et politique a combiné, durant plusieurs décennies, la volonté de réduire les écarts entre les positions sociales d’une part, et la recherche de la sécurisation des conditions d’existence des individus qui occupaient les places les plus reculées dans la hiérarchie sociale, d’autre part.

 

Aujourd’hui, une idéologie reposant sur l‘illusion d’une compétition équitable a inscrit dans le débat public l’égalité des chances comme l’instrument exclusif de réalisation de la promesse d’égalité. Ce modèle, en cours dans l‘Union Européenne, en France et dans la plupart des pays du monde, se désintéresse de la distance qui sépare les positions sociales et se concentre sur la possibilité théorique donnée à chacun d’occuper la position sociale que son mérite personnel lui autorise. Prétextant que l’égalitarisme briderait les ambitions et les initiatives, les gouvernements libéraux ont rejeté la promesse d’égalité, jugée archaïque et inopérante au profit de représentations prétendument plus modernes comme l’« équité » ou la « discrimination positive ». Ces concepts de rechange ont séduit parce qu’ils semblaient offrir des solutions pratiques et immédiates à l’explosion des inégalités ces trente dernières années. Ils ont prospéré sur notre découragement et notre résignation. Ils ont cependant échoué.

 

Les socialistes défendent l’égalité réelle, ce qui ne veut pas dire qu’ils refusent que les mérites de chacun soient pris en compte. Chacun doit pouvoir espérer que son destin n’est pas écrit à l’avance. Chacun doit pouvoir espérer s’affranchir par son propre mérite d’une condition sociale qu’il juge trop dure. Mais le projet socialiste ne doit ni ne peut se résumer à orchestrer une compétition au terme de laquelle la réussite de quelques héros issus des groupes les moins favorisés sert de propagande à la perpétuation d’un système inégalitaire.

 

La question posée aux socialistes est finalement assez simple. Elle les dépasse d’ailleurs et s’adresse à tous les Français. Considèrent-ils la promesse d’égalité accomplie par la garantie offerte à chacun, quelle que soit sa condition sociale d’origine de participer à un match pour les places ? Un supplément de diversité dans les  élites économiques et politiques suffit-il à accomplir la promesse d’égalité républicaine même si les inégalités de revenus entre ces élites et la majorité des Français ne cesse de se creuser ?

 

 

SALAIRE - Les écarts de revenus sont devenus proprement insupportables. Une poignée d’individus capte les richesses au détriment de tous les autres. Les 10 % les plus pauvres reçoivent 3,7 % des revenus, alors que les 10 % les plus riches disposent de 24,1 %. Alors qu'ils ne représentent qu'1% de la population, les redevables à l’ISF perçoivent 32% des revenus du patrimoine et 48% des revenus exceptionnels déclarés (plus-values, levées d'options).

 

LOGEMENT - La crise du logement touche de plus en plus de Français. En 2006, les 20% de ménages ayant les niveaux de vie les plus faibles consacraient en moyenne au logement 24,8% de leurs dépenses de consommation, contre seulement 10,8% pour les 20% de ménages les plus aisés. Le droit au logement est reconnu comme un droit fondamental  mais malgré son opposabilité, 3,5 millions de personnes ne trouvent pas de logement abordable, décent et approprié à leurs besoins. 7 millions sont en situation de grande fragilité. La part des propriétaires n’a cessé de croître en France entre 1973 (45%) et 2002 (56%), 48% des 20% les plus pauvres sont encore locataires.

 

SANTE - Les inégalités sociales de santé sont de plus en plus profondes. En 2004, 10% des Français déclaraient avoir renoncé à des soins pour un motif financier. En 2008, ils étaient 11,8%.  Les franchises et forfaits médicaux, le déremboursement croissant des médicaments, la fermeture des établissements de proximité compromet l’accès aux soins des plus fragiles, qui ont pourtant besoin d’une prise en charge plus importante, tant sur le plan de leurs conditions de vie et de travail que de leurs comportements. L’espérance de vie d’un ouvrier est inférieure de sept ans à celle d’un cadre.

 

FEMMES – HOMMES - Les inégalités femmes – hommes sont encore profondément ancrées dans tous les domaines de notre société. Les femmes touchent en moyenne des salaires inférieurs de 27% à ceux des hommes. Elles constituent 75% des salariés à bas salaire et 80% des travailleurs précaires. Elles assument encore en 2010 80% des tâches ménagères et ne sont que 18,5% à l’Assemblée Nationale.

 

 

Notre projet politique repose sur l’égalité. Nous croyons qu’une société de pairs et d’égaux est une société qui progresse collectivement. Nous voulons favoriser l’autonomie des individus, améliorer la mobilité sociale, lutter contre la permanence des places occupées d’une génération à une autre dans la hiérarchie sociale par une politique volontariste d’amélioration des conditions de vie et de travail qui réduira les écarts entre les différentes positions  sociales. Réclamer d’avantage d’égalité, ce n’est pas seulement parce que les individus sont fondamentalement égaux, c’est aussi parce que les travailleurs contribuent à la création de richesse et du bien être collectif et que, partant de cela, la société leur doit quelque chose. L’exigence d’égalité réelle et la protection sociale sont une manière de reconnaître la dette que la société a envers chaque citoyen, chaque citoyenne.

Nous assumons la bataille idéologique et culturelle que suppose la réaffirmation de ces principes. L’égalité, ce serait « vieux jeu ». L’égalité, ce serait dépassé. Certains redoutent que tendre vers davantage d’égalité ne rogne la liberté des individus. Balayons les caricatures et répondons aux inquiétudes. Etre égaux ne signifie pas que l’on est identiques ni même que l’on bénéficie de la même manière des politiques publiques. Vouloir l’égalité entre les êtres humains ne consiste pas à imposer qu’ils aient les mêmes goûts, les mêmes caractéristiques, ni qu’ils possèdent les mêmes biens. Leur égalité consiste en ce qu’ils aient les mêmes chances de parvenir à une fin qu’ils définissent librement. A la base, être égaux c’est surtout avoir la même liberté de choix.

Etre égaux, c’est aussi et surtout concevoir l’épanouissement individuel par extension du progrès collectif. La conviction qu’il est possible de s’en sortir collectivement régresse au fur et à mesure que les inégalités grandissent. La gauche doit reconstruire cet espoir et réhabiliter le progrès collectif comme outil de l’émancipation de chaque individu.

Notre responsabilité est immense, tant les inégalités se sont aggravées par la triple combinaison des politiques européennes libérales, de la stratégie de démantèlement du modèle social français mise en œuvre depuis 2002 par la droite et de la récente crise économique et sociale.

 

Ces inégalités sont illégitimes, tant par leur nature, leur origine et leur degré que par le fait qu’elles privent nombre de Français de leurs droits. Elles sont d’autant plus intolérables que l’espoir d’une progression sociale, pour soi-même et ses enfants semblent s’évaporer. Pendant que les plus riches s’enrichissent à coup de parachutes dorés, de retraites chapeau ou d’évasion fiscale, les classes moyennes se paupérisent et les plus pauvres sont marginalisés. L’horizon de la mobilité sociale s’est obscurci et les inégalités de conditions de vie et de travail qui étaient autrefois perçues comme supportables par la société parce que transitoires révoltent aujourd’hui parce que nous ne croyons plus que demain sera meilleur.

 

Les dés sont en partie pipés : l’éducation qui devrait garantir le fonctionnement de « l’ascenseur social » demeure élitiste. L’accès aux diplômes – qui surdéterminent le devenir social dans notre pays – est biaisé par les inégalités de départ, économiques,  culturelles, d’accès au savoir qui trient les enfants dès leur plus jeune âge. En 6ème, 12% des élèves sont des enfants de cadre contre 42% en classe préparatoire aux grandes écoles scientifique. 65% des enfants d’enseignants et plus de 50% des enfants de cadres sont titulaires d’un diplôme égal ou supérieur à bac + 3 contre seulement 10% des enfants d’ouvriers non qualifiés.

 

La justice elle-même, garante de l’égalité de tous devant la loi, n’est plus impartiale et n’offre pas un égal accès au droit. Lorsque s’impose le sentiment que la justice diffère selon que vous soyez puissant ou misérable, comment ne pas perdre foi dans la devise de la République ?

 

Dès lors, la tentation est forte de chercher dans la fuite individualiste le remède aux angoisses qui pèsent sur le futur. Face à l’aspiration, légitime, à la pleine réalisation de l’individu, deux réponses politiques sont en effet possibles. Celle de la droite repose sur un mensonge. De façon caricaturale depuis 2007, elle affirme que la réussite ne dépend que des individus eux-mêmes, que « lorsque l’on veut, on peut ». Elle délaisse les faibles et les démunis tout en leur faisant miroiter une hypothétique réussite pour les plus « méritants » d’entre eux. Toute la politique visant à extraire les meilleurs élèves des quartiers sensibles (internats d’excellence, abandon de la carte scolaire…) ou à intégrer « à l’élite » quelques éléments « issus de la diversité » abandonne à leur sort tous les autres. Le Parti socialiste ne peut se satisfaire de la mise en place de dispositifs qui conduisent ceux qui ne réussissent pas à intérioriser qu’ils n’ont « que ce qu’ils méritent ». Une politique qui ne vise que la réussite de quelques- uns ne permet pas la mobilité de l’ensemble de la société et elle entrave son efficacité.

 

C’est à la gauche de permettre que la République tienne la promesse d’égalité qui a fondé sa création. Seule une politique globale en faveur des droits collectifs permettra à chaque individu de bénéficier du meilleur. Corriger les inégalités au départ (notamment par l’école) est nécessaire. Mais cela ne suffira pas. La gauche doit renouer avec l’ambition de réduire les inégalités de conditions. Nous devons reconstruire l’espoir d’un progrès social individuel rendu possible par le mouvement collectif. C’est l’enjeu de cette convention.

 

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Quelques pistes de travail

 

-          Quelle articulation entre des mesures universelles adressées à l’ensemble de la population et des politiques ciblées pour permettre un rattrapage à ceux qui disposent aujourd’hui de moins de moyens ?

 

-          Quelles mesures concrètes pour réduire les inégalités d’accès aux services publics ?

 

-          Comment débloquer la mobilité sociale ?

 

-          Quelles élites ? Pour quoi faire ? Comment les diversifier tant dans leur origine que dans leur parcours, leurs liens avec la société ?

 

-          Quelle hiérarchie (de salaire, de position sociale) est acceptable sans nuire au reste de la société ?

 

-          Quelle ambition et quels moyens pour les politiques de solidarité (santé, famille, vieillesse, handicap...) aujourd’hui ?

 

-          Relancer une dynamique de progrès et d’égalité pour l’accès à la science et aux savoirs ? 

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Publié dans Vie de la section

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