24 Octobre 2010 ou le triste anniversaire des 70 ans de la rencontre de Montoire
Le 24 octobre 1940, Philippe Pétain, chef de l'État français, rencontre Hitler dans la petite gare de Montoire-sur-le-Loir. Pierre Laval, alors vice-président du Conseil, a eu l'idée de ce rendez-vous en apprenant que Hitler revenait en train de Hendaye où il était allé rencontrer Franco.
Cette rencontre devait poser les bases d'un dialogue entre la puissance occupante et le gouvernement de Vichy. Les débats se déroulèrent dans le wagon personnel du Führer, après qu'une poignée de main fut échangée sur le quai de la gare entre lui et Pétain.
Aucun compte rendu officiel de ces débats ne fut publié, mais quelques jours plus tard, le 30 octobre 1940, le Maréchal s'en expliquait à la radio comme à son habitude: "C'est dans l'honneur et pour maintenir l'unité française, une unité de dix siècles, dans le cadre d'une activité constructive du nouvel ordre européen, que j'entre aujourd'hui dans la voie de la collaboration (...). Cette collaboration doit être sincère...".
Montoire, qui est en fait un évènement relativement mineur dans l'histoire de la Seconde Guerre mondiale, a par la suite pris une dimension symbolique comparable à l'Appel du 18 Juin du général de Gaulle. Dans la mémoire collective française, la photographie de De Gaulle lisant son injonction à poursuivre le combat au micro de la BBC s'oppose à celle de la poignée de main entre Pétain et Hitler.
Il en va de même de son allocution, qui contient d'ailleurs, à part le célèbre "j'entre dans la voie de la collaboration", une phrase étrangement prophétique : "c'est moi seul que l'histoire jugera". Ceci se révéla en effet exact, car Pétain fut jugé pour haute trahison à la Libération et condamné à mort – peine que de Gaulle commua en détention perpétuelle.
La section de Fonsorbes s'étonne de la transparence d'un tel évènement d'une telle symbolique au coeur de la plupart des médias mais aussi des partis politiques...
Une version de cette histoire plus approfondie:
L'obstination paysanne de Laval va porter ses fruits. Le 22 octobre, convoqué à Paris par Abetz pour rencontrer Ribbentrop, il est emmené par celui-ci en voiture, vers une destination inconnue. Au bout de quelques heures, c'est une petite gare du Vendômois, Montoire. Le train spécial de Hitler, en route pour Hendaye pour y rencontrer Franco, s'y est arrêté. Pendant deux heures, le maître des deux tiers de l'Europe et Laval vont échanger des idées générales, mais qui semblent protéger, sinon l'intégrité de la métropole du moins celle de l'Empire.
Laval repart, fou de joie, pour Vichy, d'où il va ramener le maréchal malgré les contre-manoeuvres des ministres et de l'entourage, affolé. Pétain croit en son autorité, en son prestige. Il se rend à Montoire. L'entretien historique a lieu le 24 octobre. La conversation avec Hitler dure une heure.
Ce fut, en réalité, un dialogue de sourds. Hitler cherchait une collaboration militaire sérieuse, sans contrepartie. Pétain ne voulait à aucun prix se battre contre l'Angleterre et désirait, outre des allégements importants au sort des prisonniers et des populations, des assurances pour la paix future. On s'entendit sur une formule vague : la collaboration. Elle fera la fortune matérielle, au moins momentanée, de quelques-uns, avant de coûter très cher à beaucoup de patriotes sincères. Mais tout ceci est encore caché dans les brumes de l'avenir. Pour l'instant, l'Allemagne, liée à l'U.R.S.S. par-dessus le corps écartelé de la Pologne, est maîtresse du continent. Chacun, ignorant que Hitler pense déjà à Barberousse, s'attend à une invasion de l'Angleterre au printemps.
Le 30 octobre, le maréchal annonce au pays par la radio : C'est librement que je me suis rendu à l'invitation du Führer [...]. Une collaboration a été envisagée entre nos deux pays [...]. C'est moi seul que l'Histoire jugera. Mais dès le 28, Baudouin, ministre des Affaires étrangères, a démissionné, remplacé par Laval. Il est suivi, le 30, par Charles-Roux, son secrétaire général.« Nous n'avons, Hitler et moi, échangé aucune parole, aucun geste dépassant les rites traditionnels d'une rencontre diplomatique. J'ai trouvé cet homme extrêmement désagréable de rapports, parlant d'une voix sourde et inintelligible, ne me permettant de lire dans sa pensée que par l'intermédiaire d'un interprète qui me paraissait adoucir volontairement les termes proférés ; il ne m'a pas une seule fois regardé en face et j'ai tâché de lui donner à comprendre que son attitude était à peine correcte vis-à-vis d'un vieux soldat comme moi. Ce n'est qu'un parvenu gonflé d'orgueil : nous n'avons rien de bon à attendre de lui. »
De cette confidence à Laure retenons le jugement sur Hitler : celui d'un général scrongneugneu sur un caporal, le même que celui d'Hindenburg, à quelques mots et quelques années près !
Ce que Pétain pense d'Hitler, il le dira encore à son ami René Leriche :
Un fou avec lequel il n'y a et il n'y aura aucun terrain d'entente possible, mais qu'il faut essayer de calmer"
Ce soir, à l'occasion d'un magnifique vernissage au Musée de la Résistance et de la Déportation à Toulouse, le Président du Conseil Général, Pierre IZARD a su avec émotion rappeler ce triste évènement au titre du devoir de mémoire.